La recherche biomédicale a pour objet d’accroître les connaissances sur les mécanismes physiologiques et physiopathologiques, afin de développer ou améliorer les traitements proposés pour les maladies humaines. Pour cela, les activités de recherche ont vocation à faire l’objet d’une diffusion auprès des pairs via une publication dans une revue internationale à comité de lecture.
Une fois publié, l’article pourra être cité par d’autres scientifiques dans leurs propres articles. On considère que l’impact de l’article dans le domaine considéré est d’autant plus important que le nombre de citations est élevé.
Roland Cash (médecin, docteur en pharmacologie, vice-président de Transcience) et Lilas Courtot (docteure en biologie, responsable du comité scientifique Pro Anima) ont voulu déterminer comment se situaient les projets utilisant des primates non-humains en France en termes de publications et de citations.
Les résultats de leur étude qui porte sur les projets approuvés entre début 2016 et juin 2019, publiés dans la revue ALTEX en juillet 2025, sont édifiants et soulèvent de nombreuses questions.
Pour les quatre années considérées, 191 projets de recherche, prévoyant d’utiliser 6 070 primates non humains, ont été identifiés via l’analyse des résumés non techniques publiés sur le site du ministère en charge de la recherche.
Les deux auteurs de l’étude ont pu démontrer que le taux de non-publication pour l’ensemble de ces projets est élevé puisqu’il atteint 44%.
La non-publication des résultats des projets s’explique le plus souvent parce qu’ils sont jugés « négatifs » par les chercheurs ou les relecteurs des revues. Outre un gaspillage de ressources (incluant un nombre important de vies animales), cette non-publication a de nombreux effets pervers sur le plan scientifique dont une surreprésentation des résultats positifs dans les revues systématiques (donc un biais d’analyse), et elle peut induire la répétition inutile d’expérimentations utilisant des animaux.
Selon les résumés non techniques des projets publiés, ces projets n’ayant donné lieu à aucune publication de résultats prévoyaient d’utiliser 2 421 primates non humains. Ainsi donc un nombre considérable d’êtres vivants sensibles, hautement développés tant émotionnellement qu’intellectuellement, ont été soumis à des procédures plus ou moins douloureuses puis mis à mort sans qu’il en résulte un progrès significatif des connaissances ou un quelconque avantage pour la santé humaine ou animale.
Cette étude s’intéresse également à l’apport scientifique des 56% de projets ayant donné lieu à une publication. Pour ceux-ci, un indice de citation des publications construit par le National Institute of Health (NIH) a été utilisé : le rapport de citation relatif (RCR). Pour les publications considérées, la médiane du RCR est de 1,1, signifiant un impact très peu supérieur à celui de l’ensemble des publications biomédicales (la moyenne étant de 1). 10% des publications ont un RCR supérieur à 4 et présentent une perspective d’apport significatif pour la santé humaine : thérapie génique (en ophtalmologie, pour des maladies rares), traitement contre le virus Ebola, vaccin contre le chikungunya, neuroprothèse commandée par une interface cerveau-machine, étude des états de conscience. Mais 4% des publications ont en revanche un RCR de 0.
Cette étude démontre qu’une évolution des pratiques de recherche s’impose pour les projets utilisant des primates non humains, mais la démonstration peut s’étendre aux autres animaux quelle que soit leur espèce. Pour pallier les biais et problématiques que présente la non-publication des projets utilisant des animaux, les auteurs préconisent la publication systématique de tous les résultats de recherche, le développement de plateformes en libre accès pour faciliter le partage des données (par exemple via les « short notes », plateforme du FC3R), la publication des appréciations rétrospectives, le préenregistrement de toutes les études utilisant des animaux, et surtout une évaluation scientifique plus rigoureuse des projets qui permette de s’assurer de leur robustesse.
L’un des principaux enseignements de cette étude est que l’on peut réduire significativement le nombre d’animaux utilisés à des fins scientifiques – et notamment les primates non humains – sans que cela ne se fasse au détriment des progrès biomédicaux.